Interview par Alexandre Roccuzzo, directeur de l’Atelier d’Estienne, 2014

• Qui êtes-vous, combien êtes-vous, d’où venez-vous ? 

Le collectif Körper est composé de cinq membres issus des écoles d’art de Quimper et Lorient. Au-delà d’une appartenance régionale qui pourrait être un prétexte à notre union, nous nous sommes réunis suite à une sorte d’électrochoc provoqué par l’accrochage de nos œuvres les unes à côté des autres lors d’une exposition collective à Berlin. Le dialogue qui s’était créé entre nos œuvres nous a donné envie de développer un dialogue plus poussé entre artiste.  

 • Pourquoi un collectif, à l’heure où les artistes revendiquent plutôt leur individualité, voire leur individualisme ? 

Justement contre cette malheureuse tendance à l’individualisme.  

Les plus grands mouvements de l’art moderne se sont créés grâce à des groupes d’artistes qui ont eu l’audace de s’unir et d’aller à l’encontre des idées établies de ce que devait être la production artistique de leur époque.

L’individualité peut se développer au sein d’un collectif, s’enrichir grâce à lui et se débarrasser de l’individualisme, qui à notre avis est une attitude qui va à l’encontre de l’art. 

 • Pourquoi « Körper » ? En français, ce non signifie « corps ». Le corps à t-il une place prépondérante dans votre travail ? 

Le corps a en effet une grande place dans notre travail. Il ne s’agit pas de notre propre corps mis en  scène à travers des performances, des photographies ou des vidéos mais d’un corps archétype,  modelable, que l’on peut magnifier, défigurer, fabuler.

Nous avons surtout pensé à l’expression « faire corps » lorsque nous avons choisi  notre nom, un corps de cinq membres gesticulants avides de créer! 

 

• Que vous apporte le collectif que vous n’auriez pas en restant chacun dans votre coin ? 

Le collectif nous ouvre des portes: lorsque l’on est cinq et que l’on a déjà un peu d’expérience en terme de commissariat d’exposition , on n’est pas reçu de la même façon dans les centres d’arts et les galeries que si l’on était seul. S’engager envers un groupe est une toute autre démarche pour  les dirigeants des structures artistiques que s’engager envers un individu, les enjeux ne sont pas les mêmes.

Mais l’échange qui s’est créé au sein du groupe et avec nos invités est le bénéfice le plus important du collectif. Il nous apporte une énergie hors du commun, c’est un vecteur de nouvelles idées, il nous donne envie de voir toujours plus grand, d’aller plus loin ensemble. 

 

 Pourrait-on imaginer, dans la tradition des Avants-Gardes, lire un jour un « Manifeste Körper »

Nous ne nous considérons pas comme une avant-garde. Notre manifeste est présent dans chacun de nos engagements curatoriaux, dans la volonté de travailler ensemble et bien sure, dans nos œuvres. 

• Y a-t-il un « style Körper » ? Comment qualifieriez-vous votre travail dans son ensemble? 

Il n’y a pas a proprement parler un style Körper.

Il y a en revanche un certain goût commun pour des sujets tels que la nature, l’anatomie, la psychanalyse ou encore l’enfance qui sont traités de manière différente par chacun d’entre nous mais qui sont liés par une sorte d’ambiance à la fois sombre et burlesque.  La diversité des techniques utilisées  par le collectif et la manière hétéroclite dont chaque membre les exploitent crée également une sorte de ligne conductrice au sein du groupe. 

 • Avez-vous des influences artistiques, des références (dans ou hors du milieu de l’art) qui vous sont importantes, ou que vous voudriez revendiquer?

Il est difficile de parler d’influences artistiques collectives, même si nous apprécions en grande partie les mêmes artistes, chacun d’entre nous a ses propres références qui ne peuvent pas être reliées avec le reste du groupe. 

  Le travail des membres du collectif est particulièrement axé sur l’image en 2D, dessin, aquarelle, peinture, gravure… Y a-t-il un rejet chez vous de certaines formes de productions plus à la mode comme le volume, le multimédia, la vidéo ou autres ? 

Nos travaux sont en effet plutôt axés sur l’image en 2D. Mais nos productions évoluent sans cesse et trouvent des extensions dans d’autre médium: Julie Laignel et Arnaud Rochard ont réalisé récemment des films d’animation, Cedric Le Corf et Maël Nozahic développent de plus en plus de projet en volume tandis que Klervi Bourseul expérimente l’écriture…

 • Vous avez voulu inviter pour une exposition au manoir de st Urshaut à Pont-Scorff d’anciens étudiants des 4 EESAB de Bretagne à travers un appel à exposition. Pourquoi cela ? Pourquoi pas une simple exposition du collectif et de ses amis ?

Inviter d’autres artistes a participer aux expositions que nous organisons à toujours été un principe de base pour le collectif, c’est une façon de partager, d’agrandir sa famille artistique et de se nourrir du travail des autres. 

Nous avons décidé d’inviter les anciens étudiants des EESAB pour prolonger la connexion qui s’est créé entre les écoles et pour solidifier les liens qui se sont développés lors de nos études.

Lorsque le manoir de St Urshaut nous a été proposé par l’Atelier d’Estienne, nous avons eu envie de nous inscrire dans la programmation 2014 du centre d’art: à L’atelier d’Estienne fût présenté «  L’avant-garde est-elle (toujours) Bretonne? », une exposition au titre volontairement provocateur et qui réunissait neuf  artistes reconnus sur la scène contemporaine.

Au manoir de St Urshaut sera présenté l’exposition Tribu[ne], avec sa horde de jeunes artistes « sanguinaires » bien déterminés a se faire une place au sein de la scène artistique! 

Le titre de l’exposition se veut fédérateur et Körper a pour volonté d’offrir le manoir comme tribune aux artistes pour que chacun puisse exprimer ce qu’il a dire plastiquement.

Nous avons en effet décidé de n’exclure personne parmi les candidats car notre démarche de partage allait à l’encontre d’une sélection de type télé-réalité où ceux qui ne correspondraient pas à nos critères seraient rayés de la carte. 

Nous avons donc sélectionné des travaux très différents avec pour  fil conducteur cet esprit Körper, en créant des correspondances entre les œuvres et faisant ressortir quelques grands thèmes tels que le jeux, le végétal et le minéral, l’organique etc..

 • Votre collectif est éclaté sur plusieurs régions et pays, comment gardez-vous votre identité et le lien entre vous ? 

Julie Laignel et Cedric Le Corf vivent à Berlin mais Cedric passe également beaucoup de temps dans son atelier de Groix, Arnaud Rochard réside à Bruxelles, Maël Nozahic vogue entre le Finistère et Paris et Klervi Bourseul vit à Pont-Aven.                                          

Cette éclatement est en réalité une force. Il nous permet d’attaquer sur plusieurs fronts. Notre petit groupe est très organisé, chacun a des missions a remplir et chacun selon ses spécificités et ses désirs s’engage a s’investir d’avantage sur tel ou tel projet. 

Nous échangeons beaucoup sur le mur de notre groupe privée Facebook  qui nous permet de poster des idées, des images, nos textes, de réagir en temps réel. Nous organisons également des vidéoconférences sur Skype. Les accrochages et les vernissages de nos expositions restent le meilleur moyen de garder le lien et de nous retrouver, voir aboutir un projet qui a demandé plusieurs mois de préparation et de discussion confirment notre volonté de travailler ensemble et souvent nous donne de nouvelles idées pour la suite!

 

 On peut dire qu’en général, les productions du collectif offrent une vision assez sombre, voire morbide du monde. Est-ce-là un sursaut de vitalité face à un monde maladif comme dirait Freud, ou bien réellement une vision pessimiste ? 

La noirceur qui ressort de nos travaux est toujours pimentée d’une pointe d’humour et d’un brin de fantaisie qui permettent de nuancer cette vision morbide du monde qu’on pourrait nous attribuer.  

Aucun d’entre nous ne représente la réalité telle qu’elle est,  nos travaux peuvent cependant exprimer une certaine violence contemporaine largement contrebalancée par un imaginaire qui puise ses inspirations dans le rêve, la nature, l’histoire de l’art, la littérature… 

Le pessimisme et le fatalisme comme l’optimisme sont absents de la production des membres de Körper. 

Si l’art doit rendre compte du monde dans lequel nous vivons, il doit aussi nous permettre de nous en échapper par le biais des métaphores et de la fantaisie.

 

 

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